Aisha Ba’huniyyah, Amour et Présence Muhammadienne

Aisha Ba’huniyyah, Amour et Présence Muhammadienne

L'objet de ce petit article est d'introduire les lecteurs à la connaissance de ces figures féminines du soufisme qui ont marqué l'histoire malgré une large méconnaissance de leur oeuvre et de leur influence. Aisha (qu'Allah l'agréé) a été comme tant d'autres la preuve de la grande présence du prophète dans la vie mystique de nombreux croyants des premiers siècles de l'hégire, mais aussi jusqu’à nos jours.

Aisha bint Yūsuf al-Bāʿūniyyah fut une lettrée et mystique musulmane, probablement née vers 1455 à Damas, en Syrie. Elle est l’auteure de plus d’une quinzaine d’ouvrages et de recueils poétiques, dont une partie importante s’est malheureusement perdue. Elle demeure ainsi l’une des rares femmes du XVe siècle dans le monde islamique à avoir laissé une œuvre littéraire aussi vaste et abondante. Selon certains chercheurs, elle « aurait sans doute composé plus d’écrits en arabe que toute autre femme avant le XXe siècle » [2].

Lors d'un séjour à La Mecque, elle relate avoir eu une vision du Prophète :

« Dieu, exalté soit-Il, m’accorda une vision du Messager alors que je résidais dans la ville sainte. Une angoisse m’avait saisie par la volonté du Très-Haut, et je souhaitais me rendre au sanctuaire sacré. C’était un vendredi soir. Je reposais sur un canapé, dans une véranda donnant sur la Kaʿbah et son enceinte. L’un des hommes présents récitait alors un mawlid du Prophète, et les bénédictions fusaient en son honneur. Soudain, il me sembla que je me tenais debout au milieu d’un groupe de femmes. On me dit : “Embrasse le Prophète !” La peur m’envahit et je perdis connaissance jusqu’à ce qu’il passe devant moi. Je cherchais alors son intercession et, d’une voix tremblante, je m’adressai à lui : “Ô mon maître, j’implore ton intercession !” J’entendis alors sa voix douce et assurée : “Je suis l’intercesseur au Jour du Jugement !” »

Ses écrits témoignent d’un profond amour et d’un attachement spirituel envers le Prophète, qu’elle magnifie dans ses poèmes. L’un d’eux, composé à son intention, illustre cette ferveur :

"Prie pour lui,

béni et sauvé par Dieu,

son Créateur de toute éternité !

Bénis cette splendeur cosmique,

plus honorée que les cieux,

inscrite avant la Table et le Calame.

Prie pour lui,

et Dieu t’élèvera dix fois davantage,

t’accordant Sa faveur et Sa grâce !

Prie, car la bénédiction divine

n’est autre que Sa miséricorde,

source de tout bienfait.

Bénis-le, car celui qui prie pour lui

partage la grâce

et trouve refuge face au malheur.

Prie pour mon maître, bénis mon soutien,

prie pour mon intercesseur

qui exauce mes désirs !

Prie pour le seigneur issu de la lignée de Muḍar,

bénis l’Élu,

messager de toutes les nations !

Prie pour lui,

loué et à louer de toute éternité ;

bénis le meilleur de ceux qui foulèrent la terre !

Que Dieu le bénisse toujours et sans fin,

ainsi que sa famille et ses compagnons,

sages et clairvoyants,

Tant que l’appel de l’épervier à midi

ravira les cavaliers

en route vers la Maison sacrée,

Tant que la brise nocturne

soufflera depuis Kāzimah,

et que l’éclair illuminera

les pentes de Dhū Salam."

Bibliographies

[2] Living Love: The Mystical Writings of Aisha Bahuniyya (d. 922/1516)